468 7 mai 2015
» Édito |
Fluide Glacial  Cinmaaaa !
Couv. : Romain Dutreix | 84 pages | 4,90€
7 mai 2015
  Romain Dutreix
Cinééééémaaaa !
«Sans être prétentieux, on finit par se dire que les bons films sont ceux qui ne marchent pas.»
Maiiiiis oui ! Merci à Jean-Pierre Mocky qui passait par là...
Avec ce mois-ci dedans→ Dylan Pelot, Lindingre, Pix, Dutreix, Fioretto, Isa, Pourquié, Ducoudray, Thiriet, M.le Chien, JC Menu, Felder, Cizo, Haudiquet, Libon, Devié, Sanlaville, Terreur, Bernstein, Raynal, Moog, Salch, Casoar, Bouilhac, Trapier, Ostermann, Houssin, Camille, Texier, Movida, Geoffroy Monde, Witko, Quesnot, Daoudi, Sourdrille, Pluttark


Fluide Glacial Mensuel N°469
Fluide Glacial Mensuel N°467

l'Édito
Moi je suis devenu dessinateur de BD
par Yan Lindingre
parce que mes parents ne voulaient pas que je fasse "jeune premier". Ça risquait de me faire queuter mon CAP de charcutier (comme Alain Delon qui est bien avancé maintenant). Bon, j'ai tout de même décroché par la suite des petits rôles par-ci par-là.

Gulliver (de dos) dans Gulliver se fait violer par le chef des Lilliputiens géants.
Ou encore le petit bonhomme en flammes dans On t'avait bien dit de pas jouer avec les allumettes, espèce de merdeux.
Ou encore le cadavre gluant dans Le Mystère du gros noyé boursouflé de la fosse à purin. Ou encore le monsieur qui se jette dans la poubelle dans Les ratés finissent tous dans une benne, mais où ma tête avait été coupée au montage pour cause d'acné.
Ou encore le rôle de la momie dans Jean-Michel Lebrouet croit apercevoir une silhouette de momie pendant une demi-seconde dans les cabinets du jardin.
Ou encore le rôle du gros chien dans Dressé pour dormir.
Ou encore l'iceberg en carton dans Titanic 12 : les zombies du fond des mers.
Ou encore le grand-père dans l'urne funéraire de Tu vas pas nous manquer.
Ou encore le chef de la Résistance dans Karlheinz Buchholtz extermine ses morpions avec du Bégon vert.
Ou encore l'atome d'uranium dans Il était une fois AREVA ou l'apocalypse de la vengeance des éoliennes incandescentes venues de l'espace. Ou encore le petit frère de Bitoccio dans Micro pénis.
Ou encore le monsieur qui dit "non" dans la publicité où ils veulent échanger deux barils de lessive traditionnelle contre mon baril de nouvel Omo.

Eh oui !
Désormais vous mettez un nom sur mon visage !
Alors qu'en bande dessinée c'est souvent le contraire. Faut mettre une tête sur le nom. Contrairement au cinéma, où c'est le nom sur la tête, comme je viens de dire plus haut. Ou bien encore le prénom sur le nom. Dans le cinoche, pour les fils d'acteur, de réalisateur, tout ça, faut mettre un prénom sur un nom qu'ils disent.

Bon, c'est vrai, le monde de la BD et celui du cinéma sont assez liés d'une certaine manière. Main dans la main, gagnant/gagnant ! Regardez le réalisateur américain Shia Lebeouf qui a pompé le Justin M. Damiano de Dan Clowes. En vérité il voulait lui rendre hommage. Et quel plus bel hommage qu'une adaptation- surprise au cinéma. Cinééééma ! Il était rudement content, Dan Clowes, de voir ses petits dessins bouger en vrai sous les traits de vraies gens alors qu'il s'y attendait pas !!! En 2005, une grande chaîne de TV nationale avec un T et un F nous rendait hommage à Lefred-Thouron et moi en diffusant une série qui portait le même nom que la nôtre, juste 8 mois après qu'on l'eut lancée dans Fluide Glacial et déjà publié plein de gags dont la prod n'avait plus qu'à se goinfrer joyeusement. Nous on a rien dit. On était déjà bien contents de ce petit clin d'oeil amical. Et en plus eux, ils avaient pensé à déposer le nom. Malins !!!

Souvent, nous, les dessinateurs de Fluide, on retrouve en regardant la téloche des bouts de nos répliques, des morceaux de nos idées, des gags entiers qu'on a écrits. Dans ces cas-là, l'oeil brillant, cheveux hirsutes, édenté, vêtu de guenilles schlinguantes de dessinateur, désignant d'un doigt tremblant tout sale avec un ongle jaune tout long au bout le vieux poste de télé, on dit à notre enfant : "Tu vois, petit, cette blague-là, c'est ton papa qui l'a inventée." Et notre enfant de nous voir pleurer comme dans la chanson Stewball de Hugues Aufray.

Eh ouais ! On est fiers, nous, quand la télé pense à nous !!!

On est tellement contents aussi quand des gens des maisons de production viennent nous trouver pour adapter nos histoires en court, long métrage, en one man show ou en dessin animé, quand ils nous font réécrire le scénar 12 000 fois pendant 2 ans jusqu'à ce que ça ressemble plus à rien et qu'à la fin ils nous disent que la télé a préféré diffuser une grosse bouse qui ressemblera curieusement à notre projet à nous mais que c'est pas tout à fait pareil... Notamment vu que ça s'appelle pas pareil et que c'est pas nous qu'on touchera les droits. Aaaaah, monde merveilleux tournant à 24 ou 25 images seconde !!! Lanternes magiques des temps de maintenant !

Et enfin, en tant qu'éditeur, on est tellement jouasse quand on fournit pour un film, il y a quelques mois, plein d'images, des autorisations de reproduction gratuite (of course)... Et que la production ne nous invite même pas à l'avant-première de son naveton comme promis, parce qu'elle est trop timide. Qu'est-ce qu'il y a comme gens timides chez les petits branleurs arrogants des maisons de production !

PS : Il y a quelques années un ami qui me voulait du bien m'offrait le bouquin Cinoche d'Alphonse Boudard. Lisez-le , tout est dedans !